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Conclusion Apologétique
6.12. Premières conclusions en vue de l’apologétique présupositionnelle
1. L’urgence de rappeler la totale Souveraineté de Dieu dans toute Sa Création et sa Révélation. Ce qui conduit à la totale distinction Créateur/créature. La créature même à l’image de Dieu n’a aucun accès direct à son Créateur et est incapable de comprendre l’œuvre de Celui-ci[1].
Nous avons pris comme exemple, entre autres, les ouvrages, à caractère évolutionniste, de H. Blocher et J. Humbert, pour bien montrer que nous ne combattons pas contre des moulins à vent, comme le célèbre “chevalier de la Manche” (Don Quichotte).
C’est avec beaucoup de pertinence que H. Jones[2] fait remarquer que, en adoptant le point de vue littéraire, H. Blocher prend les jours de Création, les arbres du Jardin, la côte d’Adam, le Serpent de façon non littérale, mais figurative[3]. Alors de quoi s’agit-il? En réalité les caractères généraux de la littérature sont ainsi appliqués à l’Écriture Sainte.
H. Blocher développe l’affirmation qu’un auteur peut s’écarter du degré zéro, sans le montrer clairement dans le texte; ce sera souvent par des allusions à des procédés familiers. Le lecteur devrait comprendre ce que l’auteur dit, ou au moins les lecteurs qui partagent son environnement et son discours. Il nous semble qu’on rentre dans le domaine du roman.
Or:
« Oui, l’Écriture Sainte est vraiment un livre humain, rédigé par des hommes; mais pas comme tout autre livre humain, car ce livre humain, à la différence de tout autre, est aussi, et d’abord, Parole de Dieu!
(...) L’Écriture Sainte, bien que vraiment livre humain ayant des auteurs humains, ne peut pas être critiquée, jugée, comme n’importe quel autre livre humain, parce qu’elle est Parole écrite de Dieu, theopneustos (=spirée par Dieu Lui-même).[4]
Ceci dit, se pose la question capitale: que devient la doctrine de la clarté de l’Écriture (perpiscuité)? Car les croyants de tous les temps et de toutes les cultures doivent pouvoir comprendre. Les tenants de l’hypothèse du cadre ne rejettent-ils pas la clarté de l’Écriture? Si la Révélation n’était pas claire, et sans tropes, comment comprendre les versets 20 et 21 de Romains 1: « ... les perfections invisibles de Dieu, sa Puissance éternelle et sa divinité, se voient fort bien depuis la création du monde, quand on les considèrent dans Ses ouvrages. Ils sont donc inexcusables, puisque ayant connu Dieu, ils ne l’ont pas glorifié... » .
Dans le domaine du commencement, il ne peut y avoir un écart de style, qui impliquerait la connaissance de la situation historique et du centre culturel. Le texte biblique n’implique aucunement d’être localisé dans un contexte extra-biblique, et à plus forte raison le récit des origines, que Dieu le Créateur seul connaît. Ce qui est mis en cause, c’est bien la Toute Puissance et la Totale Souveraineté qui sont mises en examen, particulièrement dans les appendices de Révélation des Origines.
2. L’erreur majeure: l’exclusion de la Révélation du domaine scientifique.
Cette position ne peut que conduire à la négation du Mandat culturel (Gn 1: 28) qu’Adam commença à mettre en œuvre, sur l’ordre de son Créateur, en donnant un nom à tous les animaux que l’Éternel lui présenta. Aucun d’entre eux n’était sauvage, contrairement à l’idée courante inculquée par le naturalisme matérialiste, qui se dit faussement humaniste. Parmi les animaux, il n’y avait d’épouse évoluée pour lui.
Dire que la Bible n’apporte qu’un message spirituel est une utopie récente qui veut dévaloriser la Révélation. Cette façon de penser n’a jamais été celle du judaïsme, ni celle des Pères de l’Église, ni des Réformateurs. C’est ainsi qu’on arrive au dualisme esprit/matière qui est un concept des philosophes grecs, égarés très loin de la Révélation. La Bible ne dit-elle rien à propos de la médecine et de l’agriculture?
Certes la Bible ne se présente pas comme un manuel de médecine, ni comme un traité d’exposition scientifique. Elle parle d’une science médicale que le médecin doit étudier par ailleurs. Mais elle montre bien qu’au dessus, l’Éternel trace le cadre général (un vrai cadre celui-là, bien réel) qui donne le sens, comme le reconnaissait Ambroise Paré: Je le pensait. Dieu le guérit. C’est bien là l’exact message de l’Écriture Sainte. Message bien reconnu, aussi, par le Professeur de médecine Henri BARUK[5].
Quant à l’agriculture, le Créateur ne pouvait proposer la fin, une alimentation saine, sans en suggérer les moyens: une agriculture en harmonie avec les lois de la vie, avant et après la Chute. Les paraboles du Christ-Jésus y renvoient très souvent.
Les recherches scientifiques; sont des recherches effectuées dans le désordre des esprits engendré par la révolte du péché originel. Le péché originel étant le refus de l’ordre établit par le Créateur, les créatures se voulant égales à leur Créateur. C’est toujours aujourd’hui le refus de distinguer la distance infinie qui sépare le Créateur de Ses créatures. Refus aussi de prendre la Bible au sérieux, dans tous les domaines de la vie, et de la confiner, et la considérer comme seulement utile dans le domaine privé individuel..
3. La nécessité absolue de soumettre les sciences à la morale, donc à la Loi de Dieu
Le Professeur FALK (Professeur de Droit aux Universités Hébraïques de Tel-Aviv et de Jérusalem), dans sa préface au livre du Professeur Henri BARUK (de l’Académie de médecine)[6], nous dit:
La crise de la culture occidentale s’aggrave de plus en plus. L’homme a créé les moyens de détruire le monde mais malheureusement il n’a pas réussi à obtenir le pouvoir de contrôler ses propres forces. Les intellectuels se déchirent entre, d’une part une admiration aveugle de la Science, évitant d’aborder la Conscience religieuse et morale et d’autre part, la tendance au suicide dans l’anarchie qui soutient les forces du mal dans le monde.... Dans ce livre, le professeur H. Baruk, nous montre, grâce à son expérience de psychiatre, qu’il est défendu de séparer la science de la morale.
Nous voyons ainsi que l’exclusion de la Saint Écriture du domaine scientifique est le prélude au rejet du fondement de la morale (du latin) ou de l’éthique (grec) et du droit. Ce fondement ne peut être ailleurs que dans la Loi de Dieu. Le rejet de l’autorité de l’Écriture Sainte sur tous les aspects de la vie et en particulier du domaine des sciences, est la recherche mythique de l’autonomie propre à l’humanisme naturaliste athée. Détachée de l’Écriture Sainte Révélation du Créateur, la “science” n’est pas amorale, comme certains la considèrent, mais peut devenir immorale dans ses applications. Les manipulations génétiques, après les armes de destruction massives, en sont de clairs exemples.
L’hypothèse de la double Révélation esquive la reconnaissance claire du cœur du Darwinisme, sous toutes ses formes successives. Le problème de l’évolutionnisme scientifique n’est pas central, il manque de données, même probables depuis 150 ans.
Le but à long terme de l’évolutionnisme proclamé par des hommes qui se veulent autonomes par rapport à leur Créateur, est d’échapper, s’il était possible, aux Jugements de Dieu, dans l’histoire et à la fin des temps.
[1] McGREGOR WRIGHT R.K. No Place for Sovereignty, What’s Wrong with Freewill Theisme. InterVarsity Press, 1996.
[2] JONES H. op. cit.
[3] Le Cardinal RATZINGER (Au commencement Dieu créa le ciel et la terre, Fayard, 1986.), voit bien le grave danger quand il dit: Si l’on nous dit de distinguer entre image et sens, nous pouvons objecter: pourquoi ne l’a-t-on pas dit plus tôt? (...) On en vient finalement à soupçonner cette thèse de n’être qu’un subterfuge de l’Église et des théologiens, qui ne savent vraiment plus quoi faire, mais sans vouloir l’avouer, et qui cherchent ainsi quelque artifice derrière lequel se retrancher. En somme, on a l’impression que l’histoire de la chrétienté au cours de ces quatre cents dernières années n’a été qu’une longue suite de combats d’arrière garde au cours desquels l’une après l’autre, furent enlevées les position de la foi et de la théologie. Il est vrai qu’on a toujours trouvé de bons prétextes pour pouvoir se retirer.
Mais nous ne pouvons échapper à la crainte d’être peu à peu poussés dans le vide, et que vienne le moment où il n’y aura plus rien à préserver, à protéger, où tout le domaine de l’Écriture et de la foi sera occupé par un rationalisme peu enclin à prendre tout cela au sérieux. A quoi s’ajoute une autre inquiétude. Si les théologiens ou même l’Église peuvent modifier de la sorte les limites entre image (trope) et contenu, les frontières entre ce qui se perd dans le passé et ce qui garde aujourd’hui une valeur, pourquoi ne pas faire de même en d’autres domaines, par exemple celui des miracles de Jésus? Et pourquoi pas même jusqu’au cœur, là où se trouvent la Croix et la Résurrection du Seigneur? Une argumentation qui prétend défendre la foi en disant: « Derrière ce qui est écrit et que nous ne pouvons plus défendre, il y a quelque chose de plus profond », une telle argumentation finit par être davantage un péril pour la foi.
C’est alors, en effet, que se pose le problème de l’honnêteté des exégètes, la question de savoir s’il subsiste encore quelque chose de solide. (...) Aujourd’hui circulent de nombreuses interprétations de la Parole biblique faites sans enthousiasme et qui s’apparentent plus à un stratagème qu’à une interprétation. (...) L’emphase des mots ne prouve plus la conviction, mais tente seulement d’en masquer la perte.
Nous verrons au chapitre 9 que le Cardinal s’égare dans l’hypothèse des sources, mais ce que nous venons d’indiquer montre bien les dangers mortels des déplacements successifs des bornes.
[4] COURTHIAL Pierre, Le Jour des Petits Recommencements, Messages, L’Age d’Homme, 1996, p.202.
[5] BARUK Henri, Essai sur la médecine hébraïque dans le cadre de l’histoire juive, Éditions Colbo, 1985.