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Les principes d’interprétation
3.4 Gn 1: 1 est une proposition indépendante
Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre
ENTÊTE Elohim créait les ciels et la terre
La deuxième traduction est de A. Chouraqui. ENTÊTE marque bien qu’il n’y a rien avant, à cause de la lettre b de Bereshith.
Ce verset nous montre la Puissance et la Gloire de Dieu
E. J. Young, a montré que le premier verset de la Genèse est un proposition indépendante (il faut remarquer que dans l’original hébreu, la particule « êt t a » répétée deux fois fixe la clarté de la phrase, et surtout indique une action directe de l' Éternel DIEU Créateur). En effet une proposition dépendante du temps n'est pas complète en elle-même. Elle appelle un complément pour que sa signification soit établie. Certains critiques disent que ce complément serait au verset 3, mais c’est faux.
Les traductions qui font dépendre Gn 1: 1 du temps, vont contre la Création ex nihilo, à partir de rien. Les traducteurs disent que le temps existait avant le commencement et par conséquent nient le Commencement absolu. La TOB, à la manière de Voltaire[1], donne la traduction: "Lorsque Dieu commença la création du ciel et de la terre..."
C’est là un glissement sémantique très sérieux, que rien ne justifie, par rapport à la traduction traditionnelle,. C'est bien la doctrine de la Création absolue qui est mise en cause, car la traduction de la TOB suppose une matière préexistante; Dieu n'aurait fait que modeler, ou former un matériau dont on ne dit pas la provenance, ce qui relève du panthéisme.
Il faut donc bien réaliser ce qui est en jeu; on ne peut considérer Gn 1: 1 à la légère. Les études grammaticales faites par des hébraïsants, tels E. J. Young ou N. H. Ridderbos, selon l'analogie de l'Ecriture (Lévitique 14: 46; 1 Samuel 5: 9, 25: 15; Psaume 16: 3, 58:9, 81: 6; Ésaïe 29: 1) montrent que Genèse 1: 1 est une proposition indépendante.
En Deutéronome 26: 2, bereshith = commencement, apparaît comme prémice, c'est-à-dire la meilleure part. Jérémie 26; 1 parle du commencement du règne de Jeojakim, ce qui veut dire le début de son règne; en Neh 12: 44 il s'agit aussi d'un commencement absolu.
Le premier verset de la Genèse se présente donc comme la déclaration de la Création absolue ex nihilo. Lorsque nous considérons l'Univers, le ciel étoilé, et que les questions: "Qui a créé cela? Quelle est l'origine?" sont posées, le premier verset de la Genèse répond. La réponse est simple: c'est Dieu qui a créé les cieux et la Terre.
3. 5 Les principes d'interprétation: exégèses et herméneutique[2]
3.5.1 Le sens des mots: Jérusalem ou Athènes?
Quel rapport y-a-t-il entre Athènes et Jérusalem? Quelle concorde peut-il y avoir entre l’Académie et l’Église? Nos instructions viennent de la Porte de Salomon, qui a lui-même enseigné que « le Seigneur doit être recherché dans la simplicité du cœur. Au grand jamais, aucune tentative de produire un Christianisme tacheté de Stoïcisme de Platonisme, et de composition dialectique! ...
Tertullien: Contre les hérétiques IV
Et Albert Camus disait: Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde
Dans notre siècle de communication généralisée, est-il facile de se comprendre les uns las autres? Tel est le dilemme, en effet les fidèles des Églises se trouvent devant des propositions contradictoires, entre lesquelles ils doivent choisir. Ils vivent, ils pensent et cherchent à s’exprimer, ils cherchent le rapport du langage à la pensée et de la pensée à la réalité. La pensée n’est pas l’image. La pensée est de l’ordre de l’intelligible; l’image de l’ordre du sensible.
Heureux ceux qui méditent la Bible, Parole de Dieu, tous les jours et lui font une absolue confiance et en vivent. C’est là qu’ils trouvent la Vérité. Les meilleurs ne veulent rien entendre d’autre. Les prédications plus ou moins édulcorées, selon des théologies laxistes les font fuir. Les Églises sont presque vides. la communication avec l’Éternel est rompue. Quel est le rôle des média dans cette communication interrompue ? Où il n’y a pas plus de 600 mots utilisés.
Nous ne faisons pas un procès à la télévision en soi, elle pourrait être un bon instrument de communication, mais elle diffuse l’évolutionnisme néo-darwinien, associé au néo-marxisme. Cependant, les observateurs ‘‘enseignants’’ , constatent que la jeunesse nourrie d’images, pense souvent d’une façon impressionniste et conceptualise difficilement, et argumente mal. Alors comment communiquer des idées justes ? Ils ignorent ce qu’est le livre de la Genèse selon un professeur de droit, de nos amis.
Dans ses Confessions (Livre XII, chapitre 31), Augustin dit: Oui, Moïse, en écrivant, a eu dans la pensée, dans l’imagination, toutes les vérités que nous avons pu découvrir dans ses paroles, et aussi toutes celles qui peuvent y être découvertes, et que nous n’avons pas, ou pas encore pu y trouver.
Ces paroles sont instructives, en effet un mot, un texte, peuvent comporter plusieurs sens, et si l’on n’interprète pas la Bible selon la Bible, selon l’analogie de la foi et l’illumination du Saint Esprit, la raison, la folle du logis divague. Certes comprendre quelque chose d’exact ne veut pas dire qu’on a tout compris. Mais tous les sens ne sont pas recevables, et nous sommes confrontés à l’instabilité du sens des mots, ce phénomène peut être utilisé à des fins de désinformation ou d’intoxication. Il est utilisé!
Dans son roman 1984 (publié en 1950), Georges Orwell mettait en garde contre le totalitarisme des abus de langage de la soclangue. L’altération du sens du mot vérité est un exemple des plus pernicieux. Ce mot, souvent n’est plus pris dans son sens objectif, ce qui veut dire en conformité avec ce qui est, et non pas dans un sens pragmatique selon les variations de la pensée sociale, qui est la conformité avec ce qui est utile à celui qui le manipule, selon les mœurs variables de la mode.
On connaît les sceptiques qui posent la question du droit d’affirmer, et les sophistes, prêcheurs en eau trouble, satisfaits de confondre le bien et le mal, le vrai et le faux, pour justifier inconditionnellement l’agréable, l’utile futile et l’avantageux. Or le bon sens préfère le sens propre des mots.
Or, lorsqu’on parle d’interprétation, il faut savoir poser la question de la Vérité, en sachant que tout discours humain comporte une part de subjectivité. Et il faut toujours revenir à la question essentielle: qu’est ce que comprendre une langue ?
C’est dans la langue que se déploie le sens, qui exprime la réalité, avec son objectif, c’est-à-dire que lorsque nous parlons de devoir, de droit, de loi, de foi (une seule foi Éph 4: 5), de bien de mal, de juste ou d’injuste, nous pensons tous la même chose. Malheureusement, aujourd’hui, le langage se rétrécit aux dimensions d’une communauté d’initiés, à la recherche de leur identité, et chacun comprend ce qui lui plaît.
3.5.2 Vérité et Création[3]
Vérité et Création sont deux mots dont le sens est particulièrement perverti par l’usage actuel.
Vérité, c’est un mot sur lequel l’accord est le plus difficile à réaliser. Nous cherchons la Vérité, nous l’aimons et elle nous échappe, si nous ne sommes pas Chrétiens, car la Vérité est en dehors de l’esprit de l’homme.
Mais cette Vérité explicitée vers l’extérieur est polémique face à l’erreur. Elle existe mais nous ne pouvons pas la posséder. Aujourd’hui plus qu’hier le scepticisme occupe la pensée des jeunes générations.
Même dans les milieux scientifiques, on est devenu, avec raison, très réservé à l’égard de ce mot, on n’aime pas le prononcer. Plutôt que de dire qu’une affirmation est vérifiée, les scientifiques rigoureux préfèrent dire, avec K. Popper, que jusqu’à présent rien ne l’a invalidée, et ils ont raison.
Que l’on parle aujourd’hui de morale ou de religion, la certitude et la vérité sont des concepts relatifs. Il y a dévaluation, la vérité n’est pas aimée, ni désirée comme le bien suprême de l’esprit. Elle n’est plus pensée dans ses caractères transcendentaux, absolue, immuable, universelle. Et notre vision du monde en est profondément affectée, par le refus de la Vérité qui est en Christ.
Ceux qui ont nié le Dieu créateur et l’intelligence divine comme référence exemplaire de ce qui est, ont toujours ressenti le vide créé par leur négation. Nietzsche a eu, dans Zarathoustra, des accents bouleversnts pour dépeindre la nuit et le froid ainsi créés. Sartre n’a pas minimisé l’angoisse que le néant métaphysique engendrait.
Alors, il faut d’emblée démêler, dans la confusion du langage courant, le vrai et le faux, du réel et de l’irréel. Le réel concerne les choses qui existent; le vrai concerne nos affirmations sur les choses qui existent; le vrai ne qualifie pas les choses en elles-mêmes, mais seulement nos jugements et nos discours sur les choses. Ce qui fait que lorsque les choses sont séparées de la Révélation pour les rendre autonomes, nos discours devienent très rapidement vains.
Une seconde distinction est nécessaire entre le vrai et le juste: le vrai qualifie les jugements sur ce qui est, alors que le juste qualifie les jugements sur ce qui doit être. Ne pas dire le vrai par ignorance est une erreur, alors que de ne pas respecter le juste sera une faute.
Création,
Au sens premier, Création signifie tiré de rien, nous ne disons pas du néant, (car le néant n’existe pas et prête à confusion), faire exister, donner l’Être. Pendant longtemps Créer au sens absolu a appartenu au domaine Biblique de la Création ex nihilo.
C’est là un concept auquel l’intelligence est amenée dès qu’elle se trouve en présence du problème de l’existence du monde. De deux choses l’une ou l’on admet qu’il est éternel, ou bien l’on admet qu’il a commencé dans le temps ou avec le temps. Mais s’il a commencé a exister dans le temps, il faut ce demander comment ce qui n’existait pas a pu commencer à être.
Pour la raison raisonnante, séparée de Dieu, s’il y a problème, elle admet facilement que le monde est éternel. Mais tout ce que nous voyons se dégrade (l’entropie augmente), et il faut expliquer son existence. Et la question de tous les temps demeure: Pourquoi y-a-il quelque chose plutôt que rien ?
Il faut donc donner son importance au monde visible. La physique, la chimie, sont pour ceux qui les étudient, des sources d’émerveillement. Darwin était bouleversé par la perfection de l’œil. Il en avait des sueurs froides, parce qu’il voyait bien qu’un tel chef d’œuvre ne relevait pas des explications qu’il fournissait pour justifier sa ‘‘théorie’’ de l’évolution. Mais cette évidence ne l’empêchait pas de continuer à chercher des preuves, que personne n’a jamais trouvées.
Mais l’évolutionnisme satisfait les incroyants, il s’ensuit que le mot création a perdu son sens propre. Ce mot a été tellement banalisé qu’il est employé à la place de faire, de construire, de composer, de bâtir, de produire, etc.
Le relativisme et les pseudo-sciences
Le relativisme va avec l’évolutionnisme, c’est là la plus grande menace pour notre société. Ce qui est scientifique, c’est ce dont la fausseté peut être montré. Il faut distinguer le vrai du faux, et se demander où passe la frontière entre la vraie science et les pseudo-sciences.
Les philosophes disent que le vrai est ce qui est démontrable. Un fait est reconnu scientifiquement exact, si on parvient à le démontrer par la répétition des observations, ou des expériences faites en divers lieux par des personnes différentes. Le domaine des sciences exactes semble ainsi bien délimité, à ce qui est accessible à la raison humaine.
Cependant, K. Popper[4] a fait une objection majeure à cette démarche, qui peut conduire le chercheur à ne choisir que des observations favorables à sa théorie.
La solution de Popper réside dans le critère de ‘‘réfutation’’ (falsifiability), que certains auteurs traduisent ‘‘falsifiabilité’’. C’est-à-dire que la démarche du chercheur doit aussi consister, non pas à prouver le bien-fondé d’une théorie, mais à essayer de la démolir, de multiplier les expériences susceptibles de démontrer qu’elle est fausse. Ce n’est que si la théorie résiste à ces tests, qu’elle peut être considérée comme scientifiquement vraie. Au moins jusqu’à la prochaine théorie, qui la remplacera, dans la succession des mises à l’épreuve et de la chasse aux erreurs.
Ainsi, seul a un caractère scientifique, ce qui peut être réfuté. De ce fait, nous pouvons définir la vraie science comme une activité consistant à établir la vérité, c’est-à-dire des affirmations conformes à ce qui existe. D’autre part, il n’appartient pas à la science de savoir expliquer ce qu’est exister. Il n’y a que la révélation de Dieu qui peut nous dévoiler ce qui existe.
A partir de ces critères, la psychanalyse , le marxisme, l’évolutionnisme sont dépourvus de tout fondement scientifique. Leur fondement est dogmatique, car ils éliminent, par définition, toute tentative visant à les contredire. Les psychiatres se débarrassent des objections en les imputant au refoulement de celui qui les formule. Pour les marxistes tout opposant est un ennemie de classe. Quant aux évolutionnistes, ils considèrent les créationnistes comme des attardés, sans instruction: nous en reparlerons ultérieurement plus en détail.
Le relativisme moral
Dans ce climat de pseudo-sciences, le relativisme moral et intellectuel règne: tout a la même valeur, tout est question de civilisation, ou d’époque, de modernité, etc.
Le relativisme moral est pour les incroyants une grave maladie de la pensée, qui consiste à croire que le choix entre deux doctrines rivales est arbitraire, soit parce que la vérité n’existerait pas, soit qu’il n’y aurait aucun moyen de décider si, entre deux théories, l’une est supérieure à l’autre. Or, il nous est tout à fait possible de savoir si une doctrine et vraie et l’autre fausse. Nous disposons de la norme ultime, la Bible, Parole de Dieu. Et là, ce n’est pas Popper qui nous dira que la norme est là, mais les normes qu’il a posées, montrent que les critiques de la Bible, qui se veulent scientifiques sont de gros imposteurs.
3.5.3 Exégèse et Herméneutique[5]
La Confession de Foi de Westminster dans les paragraphes 4 et 6 de son premier chapitre nous enseigne:
4. L’autorité de l’Écriture Sainte qui doit être crue et obéie dépend, non pas du témoignage d’un homme ou d’une Église, mais entièrement de Dieu, son Auteur (qui est la Vérité même); elle doit donc être reçue parce qu’elle est la Parole de Dieu (2 P 1: 19-21).
6. Tout le Conseil de Dieu, c’est-à-dire tout ce qui est nécessaire à la gloire du Seigneur ainsi qu’au salut, à la foi et à la vie de l’homme, est expressément consigné dans l’Écriture ou doit en être déduit comme une bonne et nécessaire conséquence; rien, en aucun temps, ne peut y être ajouté, soit par de nouvelles révélations de l’Esprit, soit par les traditions humaines ( 2 Tim 3: 15-17).
Néanmoins, nous reconnaissons que l’illumination intérieure de l’Esprit de Dieu est nécessaire pour une compréhension à salut de ce qui est révélé dans la Parole ( Jn 6: 45; 1 Cor 2: 9-12).
Certains aspects du culte dû à Dieu, et du gouvernement de l’Église, communs à toute activités humaines, doivent être arrangés selon la lumière naturelle et la sagesse chrétienne, dans le respect des règles générales de la Parole qui doivent toujours être observées ( 1 Cor 14: 26, 40).
On nous parle d’exégèse et d’herméneutique, alors que selon la Bible, elle même, elle ne peut être comprise sans l’illumination intérieure du Saint Esprit. Mais comme ces concepts, un peu ésotériques, nous sont de temps à autre jetés à la figure, nous allons examiner ce qu’il en est. Des synodes passent leur temps à épiloguer sur l’herméneutique, sans conclusion. Si les circonstances changent, les principes bibliques demeurent.
Définissons d’abord l’exégèse[6]
Exégèse, ce terme vient du grec exégésis, qui signifie: art de faire sortir de... Il s’agit de la définition des règles d’interprétation exacte d’un texte ancien. Il s’agit d’établir ou de rétablir le texte dans sa rédaction authentique; puis de retrouver exactement les intentions de l’auteur et le message qu’il a voulu transmettre.
C’est sur la Bible que s’est concentré et continue à se concentrer un travail très savant d’exégèse. Il y a une exégèse Juive[7] et une exégèse chrétienne, des exégètes catholiques et des exégètes protestants... Au XVIIe siècle, deux ‘‘protestants’’ les frères Capel et l’oratorien Richard Simon ont inauguré la méthode critique... la crise moderniste a eu pour point de départ les travaux de Bultmann. Ces auteurs et leurs disciples partent de l’hypothèse rationaliste selon laquelle les miracles et les interventions de Dieu dans l’histoire sont impossibles; admettant cette hypothèse sans examiner sa valeur objective, ils séparent dans les textes sacrés, les passages qu’ils estiment acceptables, de ceux qu’ils tiennent pour inacceptables et ils prennent ces derniers dans un sens symbolique (« démythologisation » selon Bultmann).
Et l’herméneutique[8]
Herméneutique du grec herméneutiké art d’interpréter. Discipline qui a pour objet la mise à jour du sens exact d’un texte. Rigoureusement parlant, ce terme s’emploie pour l’interprétation de la Bible à laquelle s’appliquent de plus en plus, des méthodes dites scientifiques.
Nous avons déjà vu ce que valent les méthodes pseudo-scientifiques, les prétendues méthodes scientifiques, appliquées à la Bible, ne sont, en général que des spéculations d’érudits.
Conséquences
Ainsi, les spéculations humaines passent avant l’illumination intérieure de l’Esprit de Dieu et les pauvres fidèles des Églises se trouvent devant le nouveau Magistère, des nouveaux clercs. Ils n’entendent plus la Voix du Bon Berger et s’enfuient.
Le Conseil Œcuménique insiste sur ce genre, dans sa brochure de Février 1964 « De l’ordination des Femmes », en particulier dans le Chapitre II Considérations exégétiques, et on arrive rapidement à la tropologie de Paul Ricœur[9]. Pour plus d’informations, nous nous reportons à l’étude de Pierre Marcel dans la Revue Réformée N° 59, 1964: Invites à l’hérésie.
Ce qui est alors proposé est que: en examinant le texte littéral, c’est son intention que nous devons chercher, afin d’interpréter la situation, dans laquelle nous nous trouvons, selon les intentions supposées.
C’est là une exégèse à trois étages:
- ce que l’auteur biblique a dit: il a bien dit ce qu’il dit,
- ce que l’auteur de ce texte a voulu dire,
- ce qu’on voudrait lui faire dire, aujourd’hui dans la situation présente (la contextualisation).
Par cette dernière démarche, on introduit une grande distance entre le résultat et le texte biblique, au point de lui faire dire le contraire de ce que l’auteur a écrit. On voudrait ainsi nous faire croire que l’auteur du texte biblique était dépourvu de moyens et maladroit au point de se trouver dans l’impossibilité de s’exprimer de façon nette et claire. Il n’aurait pas dit ce qu’il voulait dire et son intention n’était valable que dans le contexte historique précis qui était le sien.
Si l’on accepte cette exégèse à trois étages: texte biblique, intention, situation, plus rien ne subsistera de la Bible, car tout ce qui est dit dans le texte sera remis en question, au nom de principes supérieurs d’interprétation; telle est la mise en pratique de l’herméneutique de Bultmann.
Pour clarifier les rôles respectifs le l’exégèse et de l’herméneutique, nous pouvons nous reporter au livre du Pasteur P. Courthial, Fondements pour l’avenir[10]. L’exégèse aurait pour tâche de rechercher et exposer l’interprétation inscrite dans le texte: ce que le texte dit. Ensuite l’herméneutique rechercherait à exposer l’interprétation actuelle de l’interprétation inscrite dans le texte. Elle serait, peut-on dire, une interprétation au carré. C’est l’outil que s’est forgé la nouvelle théologie.
A un premier niveau, l’exégèse serait indispensable pour découvrir l’interprétation ancienne, inscrite dans le texte, de certaines réalités objectives ou subjectives; à un second niveau, l’herméneutique serait indispensable pour énoncer l’interprétation actuelle des mêmes réalités.
Or, pour le simple croyant, l’Écriture de l’Éternel Dieu est son propre interprète par l’illumination du Saint Esprit. « Le texte de la Bible, en son tout et en ses diverses parties, en son corps et en ses divers membres, est - ce qu’il nous dit qu’il est - la Parole de Dieu. »
« L’autorité de l’Écriture appartient à Celui qui parle dans et par l’Écriture, dont les prophètes sont les instruments. L’autorité est dans le fait que l’Écriture ‘‘ inspirée de Dieu’’ est Parole de Dieu, l’Évangile de Dieu qui concerne Son Fils » (Rom 1: 2).
Les libéraux et les néo-orthodoxes font des interprétations spiritualisées, ou allégoriques; ils considèrent la Chute de façon allégorique, la Chute d'Adam n'est pas considérée comme réelle, ce serait l'expression de l'expérience de tous les hommes, un modèle d’enseignement[11]. De même ils ne considèrent pas le premier chapitre de la Genèse comme historique. D’autre part, comme le dit G. Maier[12]: Le changement cartésien dans la façon de penser est plus important que la révolution copernicienne. Car depuis Descartes l’idée de « vérité » est enchaînée premièrement à la raison et très peu à la Révélation. Les interprétations allégoriques et figuratives, imaginées par le rationalisme, doivent être rejetées pour les raisons suivantes:
1- Les écrivains du Nouveau Testament et Jésus Lui-même ont accepté la Genèse comme histoire littérale.
2- Les érudits modernes sont pleins d’arrogance dans leur volonté de corriger le Christ.
3- Il n'y a pas d'allégories dans la Genèse. Les symboles des rêves de Joseph représentent des événements réels, qui sont ensuite arrivés comme l’avait expliqué Joseph, telle est la Révélation de l’Éternel Dieu.
1. 4- Certains prennent Gal 4: 24 comme base, car il est dit de Hagar et Sarah que c'est une allégorie. Mais Paul illustre ainsi le principe éternel par lequel Dieu traite avec les hommes. Il fait une application allégorique, mais non pas une interprétation allégorique[13]. Abraham, Isaac, Sarah et Hagar sont des personnes historiques réelles, comme le montre le contexte. Et la différence est capitale
Pour notre part, lorsque le texte est descriptif, nous le prenons dans le sens littéral, qui dit ce qu'il dit, c'est aussi le sens de l'usage grammatico-historique, et de la construction de la phrase hébraïque.
Nous devons ajouter que la Bible a Son propre système de symboles, qui ont été explicités au fur et à mesure de la Révélation. Mais dans la Genèse, il n'y a pas de symboles non définis, ou codés, c'est pourquoi nous optons pour l'interprétation littérale grammatico-historique.
La signification d'un symbole, n'est pas ce que nous voulons choisir, pour en faire ce qui nous plaît. S. Jean n'a pas fabriqué les symboles du livre de l'Apocalypse dans son imagination. Il présente le Christ comme le Lion de Juda, ou l'Agneau, non pas parce qu'il pense que ce serait une bonne illustration, mais à cause de ce qui est établi dans la Bible. Le livre de l'Apocalypse nous dit, dès le début, que sa norme d'interprétation est la Bible elle-même.
3.6 La fondation des fondations
Le verset 1 de la Genèse est le fondement de toute la Bible; le livre de la Genèse est aussi le fondement de toute la Bible, comme le montre le chapitre 1. Les 11 premiers chapitres traitent de façon évidente[14] de tout ce qui s'est passé dans le monde depuis l'origine, avec toutes les nations; ces 11 premiers chapitres constituent le fondement de la suite de la Genèse.
Finalement Gn 1: 1 est le fondement du chapitre 1, car le verset 1 parle de la Création à son commencement: Création de tout l'Univers. Ainsi Gn 1: 1 est la fondation de toutes les fondations, en cela, c'est le plus important verset de la Bible. C'est là que se trouvent les premiers mots jamais écrits. Ce verset ouvre le compte-rendu le plus souvent reproduit ou imprimé comme livre, qui est aussi le plus lu.
On a souvent dit que si une personne croit réellement ce que Genèse 1: 1 dit, elle ne trouvera pas difficile de croire ce qui est dit dans la Bible. Si Dieu a créé toutes choses, alors Il contrôle tout et peut tout faire, rien ne résiste à Sa volonté (Rom 9: 19)..
Ce verset réfute toutes les fausses philosophies humaines concernant l'origine et la signification du monde. Il réfute:
1) l'athéisme parce que l'Univers est créé par Dieu;
2) le panthéisme, car Dieu est transcendant à Sa Création.
3) le polythéisme car un seul Dieu a tout créé
4) le matérialisme, car la matière a un commencement
5) le dualisme, parce que Dieu Trinitaire était seul lorsqu'il créa
6) l'humanisme, parce que Dieu et non l'homme est la réalité ultime
7) l'évolutionnisme parce que Dieu a tout créé sans intermédiaires.
Il faut noter que les diverses philosophies sont des voies différentes pour exprimer la même incroyance. Toutes, ou presque, disent qu'il n'y a pas de Dieu personnel et transcendant, elles considèrent le cosmos comme éternel et que c'est lui qui génère (New Age). Le dualisme est la forme sommaire du polythéisme qui est lui-même l'expression populaire du panthéisme, qui présuppose le matérialisme, qui fonctionne en termes d'évolutionnisme, qui prend ses racines dans l'humanisme, qui culmine dans l'athéisme..
Il est remarquable que face a toutes ces philosophies, le livre de Dieu ne cherche pas à prouver que Dieu existe. C'est bien la première présupposition, Dieu parle pour montrer qu'Il est et qu'Il agit. Gn 1: 1 tient l'existence de Dieu comme garantie et tellement évidente que seul un fou peut dire qu'il n'y a pas de Dieu (Psaume 14: 1). Gn 1: 1 ne cherche pas à réfuter les cosmogonies[15]; ce silence est dû au fait que le livre de la Genèse a été écrit avant que toutes les spéculations soient apparue
[1] VOLTAIRE Dictionnaire de philosophie, édition de Etiemble, Garnier 1967, p. 212
[2] BERKHOF Louis, Principles of Biblical Interpretation (SACRED HERMENEUTHICS), Baker book House, 15e printing, 1977.
[3] MOURAL Isabelle, Le sens des mots, Préface de Maurice Schumann, Éditions de Paris, 1997.
[4] POPPER Karl, La logique de la découverte scientifique, Payot, 1973.
[5] MAIER Gerhard, Biblical Hermeneutics, Crossway Books, 1994.
[6] MOURAL Isabelle et MILLET Louis, Petite Encyclopédie Philosophique, Editions Universitaires, 2e° édition 1995, p.115.
[7] CHOURAQUI André, Histoire du Judaïsme, PUF Que sais-je? 1957-2000. "L'exégèse mystique inspirée par la Cabbale se développa à partir du XIIIe siècle: l'idéal fut de retrouver en chaque texte son sens obvie, symbolique, allégorique et mystique…"
[8] MOURAL I. op. cit.
[9] RICŒUR Paul, La métaphore vive, Seuil, 1975, collection Essais, n° 347, Le declin de la rhétorique: la tropologie, p. 63ss.
[10] COURTHIAL Pierre, Fondements pour l’avenir, Kerygma, 1981.
[11] VERSTEEG J. P. Is Adam a ‘‘Teaching Model’’ in the New Testament ? Traduction du Hollandais par Richard B. Gaffin jr, P&R, 1978.
[12] MAIER G. op. cit. p. 30.
[13] CALVIN nous dit dans son commentaire de l'Épître aux Galates (Éditions Kerygma/Farel, 1978): On sait bien que c'est l'usage commun que sous le nom de Loi sont désignés les cinq livres de Moïse. Et après, parce que l'histoire qu'il allègue semblait n'appartenir en rien à la présente matière, il la transfère à une explication allégorique.
Au reste parce qu'il dit que ceci est dit par allégorie, Origène en a pris occasion, et avec plusieurs autres, de corrompre l'Écriture en diverses sortes et la tirer loin de son sens vrai et naturel. Car il estimaient que le sens littéral était trop bas et méprisable, et qu'il fallait donc bien qu'il y eût de plus hauts secrets cachés sous l'écorce de la lettre, qu'on n'eût pu tirer qu'en se forgeant des allégories. Et ceci a facilement eut lieu, car le monde a toujours préféré et préférera à la doctrine ferme et solide les spéculations qui ont quelques apparence de subtilité. Après que cela a été une fois reçu et approuvé, ça a été à qui en forgerait de plus aiguës, en sorte que non seulement il a été permis de se jouer de l'Écriture sans en être repris, mais aussi on y a attribué une grande louange.. Et certes, il y a déjà fort longtemps que nul n'a été estimé bon esprit, sinon qu'il sût et osât transfigurer subtilement l'inviolable parole de Dieu. Il ne faut point douter que ce n'ait été une invention de Satan pour amoindrir l'autorité de l'Écriture et pour ôter le profit qui pouvait revenir de sa lecture. Et le Seigneur Dieu s'est vengé de cette profanation par son juste jugement, quand il a permis que la pure intelligence ait été ensevelie par des gloses fausses et corrompues. "L'Écriture, disent-ils, est fertile: c'est pourquoi elle engendre plusieurs sens et de diverses sortes."
Quant à moi, je confesse bien que l'Écriture est la fontaine très abondante de toute sagesse, et qui ne se peut épuiser: mais je nie que sa richesse et son abondance consiste dans la diversité des sens, qu'il serait licite à chacun de forger à sa guise. Sachons donc que le sens vrai et naturel de l'Écriture est celui qui est simple et naïf. Recevons-le donc et tenons-nous y fermes! Quant aux explications imaginaires, qui nous détournent du sens littéral, non seulement laissons-les comme douteuses, mais aussi rejetons-les hardiment comme des corruptions pernicieuses.
Mais que répondrons-nous à ce mot dont uses S. Paul? Certes il n'entend pas que Moïse ait écrit dans l'intention que son histoire fût converties en allégorie, mais il admoneste comment l'histoire convient à la nature présente, à savoir, si nous considérons que l'image de l'Église convient à la nous est là dépeinte en figure.
[14] évidence: « si je ne crois pas, je ne peux rien comprendre », disait un jour P.P. Grassé. Lorsqu’il s’agit de l’œuvre de Création de l’Éternel Dieu, seule l’illumination intérieure du Saint Esprit nous amène à l’évidence, par la foi, qui est un don de Dieu.
[15] LURÇAT François, L’autorité de la science, Cerf, 1995.
F. Lurçat écrit: Le récit de la création dans la Genèse n’est pas à proprement parler une cosmologie, parce qu’il ne traite pas du cosmos. Le cosmos n’est pas un concept biblique. C’est un concept grec, qui résume un effort pour donner aux apparences des explications rationnelles... page 287.